Le niveau des retraites dans l’OCDE

Quel niveau de pension notre système de retraite assure-t-il aux salariés du privé en comparaison des autres pays de l’OCDE ?

Dans son dernier rapport sur les systèmes de retraite, l’organisation internationale analyse un indicateur permettant de nous situer par rapport aux autres États du monde : le taux de remplacement du dernier revenu d’activité par la pension des régimes obligatoires.

Cet article se penche sur deux déclinaisons de l’indicateur, le taux de remplacement brut et le taux de remplacement net, ainsi que sur la place tenue par les régimes de retraite facultatifs, dans les pays où ces derniers se trouvent largement répandus.

 

La méthode de calcul appliquée

Les taux de remplacement de l’étude de l’OCDE ont été calculés en appliquant une méthodologie commune à tous les États, et permettant d’établir une photographie des différents systèmes tels qu’ils existent à ce jour (règlementation en vigueur en 2018) ; il ne s’agit pas de comparer les taux de remplacement obtenus par des salariés qui partiraient en retraite aujourd’hui et dont les pensions auraient été calculées en fonction des diverses réglementations applicables ces dernières décennies. Le scénario retenu est donc celui d’un salarié du privé entrant dans la vie active à 22 ans en 2018 (né en 1996), et prenant sa retraite à l’âge normal, à l’issue d’une carrière complète.

Voici les autres hypothèses de calcul retenues :

  • Le salaire de carrière évolue dans les mêmes proportions que le salaire moyen, avec un taux de croissance de 1,25% par an, et une inflation de 2% par an.
  • Seuls les régimes obligatoires (publics ou privés) sont chiffrés.
  • Les salaires dits les plus faibles correspondent à une carrière avec 50% du salaire moyen, et les plus élevés, avec 150% du salaire moyen.

 

Le taux de remplacement brut

Un indicateur reflétant le système de retraite

Le taux de remplacement brut exprime la manière dont un système prévoit de rémunérer ses retraités au regard de leur effort de cotisations auprès des régimes vieillesse durant leur vie active.

Pour l’obtenir, on divise la pension de retraite brute perçue par le dernier salaire brut d’activité.

Avec la méthode appliquée, qui consiste à calculer la pension sur la base d’un salaire d’activité constant, le taux de remplacement brut reflète alors avec exactitude le revenu de remplacement que donne le système à son retraité.

 

Les différentes tendances entre les pays

La moyenne des 36 pays de l’OCDE s’établit à 49% pour les actifs percevant un salaire médian, fixant ainsi un niveau global de retraite à la moitié du salaire d’activité.

Les Etats qui offrent les meilleurs revenus de remplacement à la retraite sont l’Italie (79.5%), le Luxembourg (79%), l’Autriche (76,5%) ou encore le Danemark (74%).

A l’autre extrémité, se situent le Royaume-Uni (22%), La Lituanie (24%), le Mexique (26%) ou l’Irlande (27%).

Globalement, les systèmes de retraite s’efforcent de prémunir leurs pensionnés de la pauvreté en se montrant plus généreux avec les revenus les plus faibles : la moyenne du taux de remplacement brut dans l’OCDE passe ainsi à 60% pour ces derniers. Le Royaume-Uni, l’Irlande ou encore l’Australie doublent l’indicateur pour cette population (respectivement à 43,5%, 54% et 65%). Au Danemark, il culmine à 114% !

Les salaires plus élevés, quant à eux, obtiennent généralement des taux de remplacement moindres : la moyenne de l’OCDE s’établit aux environs de 45%. Mais ça n’est pas toujours le cas : en Suède, ils bénéficient d’un taux de 65% contre 54% pour les salaires moyens et plus faibles.

Alors qu’on observe une grande disparité entre les taux de remplacement en fonction du revenu dans certains pays comme au Royaume-Uni ou en Irlande, où l’indicateur est divisé par 3 pour les revenus les plus hauts en comparaison aux plus modestes, d’autres systèmes offrent le même taux de remplacement brut à tous : 80% en Italie, 72% en Espagne, 56.5% en Finlande, ou encore 39% en Allemagne.

 

La France, dans la moyenne haute

Le système de retraite français, tel qu’il est conçu en 2018, se place dans une moyenne haute, avec un taux de remplacement de 60% pour les revenus moyens.

Ce même taux de 60% est assuré aux revenus les plus faibles, qui ne bénéficient donc pas d’un traitement plus favorable.

Les revenus les plus élevés, quant à eux, obtiennent en fin de carrière 54% de leur rémunération.

 

Le taux de remplacement net

L’indicateur du revenu disponible

Le taux de remplacement net est un indicateur moins conceptuel. Il s’obtient en effectuant le rapport entre la retraite nette perçue et le revenu d’activité net : il tient donc compte des prélèvements sociaux et de la fiscalité pratiqués par les différents Etats (les salaires et pensions nets de l’étude tiennent compte de l’impôt sur le revenu).

De ce fait, il compare le revenu disponible dont dispose au final le salarié et se révèle plus réaliste.

Dans la grande majorité des pays de l’OCDE, les taux de prélèvements sociaux et fiscaux applicables aux pensions de retraite sont moins élevés que ceux des salaires d’activité, ce qui explique que les taux de remplacement nets sont plus élevés que l’indicateur en brut. En effet, les retraités sont souvent exonérés d’un certain nombre de cotisations sociales et bénéficient en outre de régimes fiscaux de faveur.

 

Les taux de remplacement nets dans l’OCDE

La moyenne de l’OCDE est de 59%, avec des taux conséquents dans certains pays (94% en Turquie, 92% en Italie, 90% en Autriche), et assez faibles dans d’autres (28% au Royaume-Uni, 29% au Mexique, 37% au Japon).

Certains pays qui offrent le même taux de remplacement brut à tous quel que soit le niveau de revenus, ne garantissent plus la même proportion de retraite en net. C’est le cas par exemple pour l’Espagne avec un taux de remplacement net de 79% pour les salaires les plus faibles et de 83% pour les salaires moyens et plus élevés.

L’Allemagne, quant à elle, garantit un meilleur taux de remplacement net aux plus pauvres (56%) qu’aux revenus moyens (52%) ou élevés (51%).

Les écarts brut-net sont très variables d’un Etat à l’autre : de plus de 30 points en Hongrie et en Turquie par exemple pour les salaires moyens (les retraites n’y étant pas assujetties aux cotisations sociales, ni imposées), alors qu’au Mexique ou encore au Japon,  les taux sont quasiment similaires.

Il en ressort que la politique sociale et fiscale d’un Etat peut avoir un impact fort sur le revenu disponible des retraités, et a tendance parfois à altérer l’esprit du système de retraite.

Comme pour le brut, le taux de remplacement net dans l’OCDE est globalement plus élevé pour les rémunérations plus faibles : de l’ordre de 68% contre 55% pour les salaires plus aisés.

 

La France en bonne place

Le taux de remplacement net de la France se situe aux environs de 74% pour un salaire moyen.

Pour les salariés aux revenus modestes, il est porté à 71%, et à 69% pour les revenus les plus forts.

On observe un meilleur « gain » du brut au net pour les revenus les plus élevés, en raison de la fiscalité progressive qui pèse sur les revenus d’activité en France, venant diminuer la rémunération nette après impôts des plus riches, et augmenter mécaniquement la part que représente la pension nette, moins fiscalisée.

La France demeure en tout état de cause au-dessus de la moyenne globale des pays de l’OCDE, et améliore même son positionnement par rapport à celui de son taux de remplacement brut.

 

La prise en compte des régimes facultatifs

Dans un certain nombre de pays, les régimes de retraite facultatifs sont largement répandus et peuvent représenter une part importante de la pension de retraite.

C’est notamment le cas dans les pays anglo-saxons, dans lesquels la retraite légale à elle seule procure des taux de remplacement faibles.

Ainsi, au Royaume-Uni, le taux de remplacement net passe de 28 à 61 % avec la prise en compte des régimes facultatifs pour un salaire moyen, ou encore de 51 à 83% au Canada et aux États-Unis.

On observe également de tels régimes en Allemagne, où ils permettent l’amélioration du taux de remplacement de 16 points, ou en Belgique : de 66 à 72 % pour un salaire moyen.

D’un point de vue global, les régimes de retraite facultatifs portent la moyenne OCDE de 50 à 55% en termes de taux de remplacement brut, et de 59 à 65% en net.

 

Conclusion

En définitive, on observe une forte disparité d’un pays à l’autre dans les revenus de remplacement perçus à la retraite, disparité reflétant avant tout une grande variété dans la conception et la structure des systèmes de pension.

La France, avec ses deux piliers obligatoires, se situe parmi les Etats les plus favorables sur ce terrain, mais cela ne signifie pas que le système de retraite français est parmi les plus avantageux. En effet, d’autres variables tels que l’âge de départ, ou encore le taux de cotisation doivent être pris en considération pour obtenir une vision plus globale.

 

Sources : panorama des pensions 2019 – OCDE

Inscrivez-vous à notre newsletter
  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

auteur(S)

Forte d’une expérience de près de 20 ans au sein d’institutions de retraite obligatoire et de cabinets spécialisés en protection sociale, Fanny a rejoint SIACI SAINT HONORE en 2017 en tant que consultante Transition Emploi Retraite.

PARTAGEZ

Partager sur linkedin
Partager sur twitter
Partager sur facebook
Partager sur email

À lire aussi

Décryptage

Exposé-Sondage IAS19

La norme IAS19 encadre l’évaluation, le traitement comptable et les informations à publier dans les comptes relatives aux avantages du personnel. Selon l’International Accounting Standards…

Lire la suite